réaction du maire de Paris Bertrand Delanoë "La disparition de Mahmoud Darwich nous plonge dans une profonde tristesse. Immense poète, auteur d’une œuvre majeure, il nous laisse ses mots, des mots d’espoir, des mots de combat et de justice, des mots de paix...."********************************************
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Paris, le 11 août 2008
COMMUNIQUÉ DE PRESSE
de Bertrand Delanoë Maire de Paris
La disparition de Mahmoud Darwich nous plonge dans une profonde tristesse. Immense poète, auteur d’une œuvre majeure, il nous laisse ses mots, des mots d’espoir, des mots de combat et de justice, des mots de paix.
L’inspiration de ce poète de l’universel donnait une musique à sa prose, un souffle rare à ses vers et une grande émotion à ses lecteurs.
Ses textes chantaient juste aux oreilles de tous, pour nous dire cette terre d’avant les guerres et les déchirures Ses oeuvres restent, comme le combat qu’il a porté pour l’espoir et la paix. Nous devrons nous en montrer digne pour lui et pour tous ceux de Palestine et d’Israël.
communiqué du festival les Suds Arles
DISPARITION DU POETE MAHMOUD DARWICH
Invité du Festival dans le cadre des 30 ans d’Actes Sud, Mahmoud Darwich est décédé samedi 9 août dernier. Toute l’équipe du Festival s’associe à la tristesse de ses proches et de sa maison d’édition, Actes Sud.
Nous garderons le souvenir du magnifique récital poétique qu’il a donné au Théâtre Antique d’Arles aux côtés de Didier Sandre (voix française) et des oudistes Wissam et Samir Joubran qui improvisèrent au fil de ses poèmes.
Nous ferons en septembre un compte-rendu en image de ce Moment Précieux.
Retrouvez en attendant un hommage au poète disparu ici
L’équipe des Suds
"Il a traduit de façon magique la souffrance des Palestiniens. Il nous a fait pleurer, nous a rendus heureux et nous a fait vibrer d’émotion",
Ahmed Fouad Negm poète égyptien
"Dans la poésie de Darwich, la question palestinienne n’était plus une légende mais l’histoire de personnes faites de chair, de sang et de sentiments",
Zehi Wahbi.. poète libanais
Darwich était "la voix de la civilisation palestinienne, avec ses souffrances, sa tristesse et ses ambitions".
Amr Moussa, secrétaire général de la Ligue arabe
"Il sentait le pouls des Palestiniens et le traduisait en belle poésie. Il était le miroir de la société palestinienne"
Ali Qleibo, conférencier à l’Université Al Qods de Jérusalem.
"Même lorsqu’il est devenu une icône, il n’a jamais perdu son sens de l’humanité. Nous avons perdu une partie de notre être".
Hanane Achraoui députée palestinienne
"Mahmoud Darwich, a su exprimer l’attachement de tout un peuple à sa terre et à la volonté absolue de paix. Son message, qui invite à la coexistence, continuera de résonner et finira par être entendu".
Bernard Kouchner
« Quand on pense à Darwich , il est notre cœur et notre langue »
Issam Makhoul. député arabe israélien
Dominique DOU
Nous n’avons que cette terre.
Il est des pays où les pierres ne sourient pas.
Des pierres avec seulement leur poids de pierre de colère. Ajouté à celui de la tristesse aujourd’hui : plus jamais je ne te verrai vivant Darwich.
Si un pays pouvait se résumer sans se réduire, la Palestine se nommerait Darwich.
Car si rares sont les incarnations poétiques d’une terre dans un être humain. Il y eut Hugo, il y eut Heine, il y eut Whitman, il y eut Essenine, il y eut Neruda, il y eut Lorca, il y eut Hikmet. Et Darwich.
Y eut-il depuis vingt ans un poème qui fit fureur parmi nous ?
Non, il n’y eut pas d’autre poème que « Passants parmi des paroles passagères » écrit et publié par Darwich deux mois après le début de « la guerre des pierres », autrement dite la première Intifada, de décembre 1987.
Ce poème - qui fait toujours fureur - qui demandait le retrait israélien des colonies, l’arrêt de l’occupation de la terre palestinienne - qui le demandait poétiquement -suscita une extraordinaire polémique.
À tel point que Darwich, dans un article publié dans l’hebdomadaire « Al Yawm al Sâbi » le 18 avril 1988, proposa un marché aux Israéliens : « Qu’ils suppriment les colonies, et nous supprimerons le poème ». Cette « affaire du poème » trouva son apogée dans l’extraordinaire colère du gouvernement israélien, le 28 avril, exprimée dans le discours du Premier ministre Shamir à la Knesset.
L’affaire du poème, ce fut le « nous ». Sans ce « nous », collectif poétique, antienne du poème, il n’y eut pas d’affaire. Car il n’y a pas d’affaire du je dans les affaires politiques – dans le poème le je est un mot – le nous est la colère résumée - et le nous était, est, l’incarnation même du résumé d’une terre à sa « plus simple expression ». Que dire d’autre que nous – nous qui vivons encore ici, sur cette terre non passagère- une terre, un fait – et non une parole. Une terre – une langue collective.
Le résumé poétique – la réduction politique – Le poème dit quelque chose, non d’un peuple mais d’une terre, d’une terre commune, d’une terre occupée.
Et c’est là que le bât blesse. L’occupation passagère, provisoire, qui finira. Même si, Darwich, tu ne l’as pas vu de tes yeux, tu l’as dit.
Et le poème pré-dit, pré-voit ; quelque chose est dit de la fin du provisoire guerrier dans ce poème, qui le signifie. Et c’est cela qui ne fut pas supporté par le clan des guerriers, d’où qu’ils viennent.
La guerre, on le sait, est une construction passagère, une manière de faire de la politique, autrement, quand le reste a échoué. C’est cela même qu’incarne ce poème : il dit la fin de la guerre, inéluctablement. Darwich aura raison. Et la victoire des faits par les mots qui les forcent. Il dit que les guerriers passent – que les guerriers meurent d’où qu’ils viennent, c’est leur métier.
Il dit, ce poème, comme presque tous les poèmes de Darwich, que la terre est immuable, il dit la patrie. Oh ! ce n’est pas bien moderne ! diront certains. La patrie… Qui y pense aujourd’hui ? Darwich aura raison. Une guerre après l’autre en Europe ; des guerres partout sur la planète. Pour quoi se battent-ils ces guerriers ? Et nous n’avons pas tout vu…
Tous les poèmes de Darwich chevauchent sur le cheval de la paix, tous. Tous les poèmes de Darwich sont engagés vers la paix.
C’est cela que disait le poème de « l’affaire du poème » de 1988. : appeler la paix sur sa patrie.
Et il est mort hors de sa patrie mais :
« Et poursuivant ce qui ressemble à la mort, nous vivons. Et cela qui ressemble à la mort est victoire » écrit-il à la fin du poème « Le vent nous est hostile » (recueil « Plus rares sont les roses »).
Darwich aura raison. Car ainsi que l’écrivait Tsvetaïeva dans une lettre à Pasternak : « Je prends tout pour mon tombeau, afin que, dans des millénaires, le grain germe ». Nous, poètes, avons tout notre temps.
© Dominique DOU. Août 2008.
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