concerts 2012
03.05 BAGNEUX, Théâtre Victor Hugo
04.05 NANTERRE, Maison de la musique
05.05 NANTERRE, Maison de la musique
07.05 QUEVEN, Les Arcs
09.05 BRIVE, Théâtre municipal
10.05 ECHIROLLES, La Rampe
11.05 FONTENAY SOUS BOIS, Salle Jacques Brel
12.05 SAINT MICHEL S.ORGE, Espace Marcel Carnet
13.05 COMBES LA VILLE, La Coupole
14.05 LA ROCHELLE, La Coursive
15.05 LA ROCHELLE, La Coursive
16.05 NARBONNE, Le Théâtre
22.05 BOURGES, Maison de la Culture
23.05 PORTE LES VALENCE, le train Théâtre
24.05 BESANÇON, La Rodia
25.05 LYON, St Priest Centre culturel Théo Argence
26.05 ALBI, Scène nationale d’Albi
27.05 ANGOULÊME, Festival Musiques Metisses
29.05 ALES, Le Cratère
30.05 ONDRES, Espace Capranie
31.05 NÎMES, Théâtre de Nimes
01.06 ANNEMASSE, Le Château Rouge
02.06 ANNECY, Scène nationale Bonlieu
03.06 NICE, Théâtre Lino Ventura
05.06 CHATELLERAULT, Festival de Jazz
06.06 MARNE LA VALLÉE, TBC
BENDA BILILI - Extrait #1
BENDA BILILI - Extrait #3
Quand le disque “Très très fort” sort en mars 2009, la rumeur démarre très vite. Celle d’un groupe de musiciens composé de 5 paraplégiques et de 3 “valides”, qui vivent dans les rues de Kinshasa et créent, sur des instruments de récupération, une musique à nulle autre pareille. Des reporters font le déplacement pour enquêter sur place et interviewer le groupe. Ce qu’ils voient et entendent les bouleverse et le buzz prend de l’ampleur. Puis, en 2009, vient la tournée en Europe qui donne corps à la légende des Staff Benda Bilili.
L’histoire commence en 2004, dans les rues dévastées de Kinshasa. Dès le départ, Coco Yakala, chanteur et guitariste de l’orchestre, juché sur son tricycle customisé, annonce la couleur : “Un jour nous serons les handicapés les plus connus d’Afrique”. 5 ans plus tard, c’est le même Coco Yakala, arc-bouté sur sa guitare qui chante “Il n’est jamais trop tard dans la vie...”, devant le public ébahi d’un célèbre festival français. Le miracle a eu lieu, des outsiders absolus ont forcé le destin.
Les origines d’une légende ont toujours une part d’ombre. Notre chance, en tant que réalisateurs, est d’avoir pu filmer de l’intérieur, l’épopée chaotique d’un orchestre de la rue à la poursuite de son rêve, dans une des villes les plus meurtrie d’Afrique. Le film brosse par touches impressionnistes les portraits d’artistes hors du commun se débattant dans des conditions inimaginables.
Ricky, Coco, Roger et Théo sont de véritables “forces de la nature” mues par une volonté sans faille. Cette volonté forcenée de réussir, ce refus d’abdiquer va permettre au groupe de garder le cap et de rester uni, au milieu de l’indescriptible chaos urbain. La narration s’appuie aussi sur la relation fusionnelle qui unit le leader Ricky à un enfant des rues, Roger, véritable génie de la musique, qu’il recueille et forme pour la scène.
La rue, c’est le monde très darwinien du Staff Benda Bilili. C’est là qu’ils travaillent, qu’ils dorment, qu’ils mangent, qu’ils élèvent leurs enfants, qu’ils créent leurs chansons et qu’ils répètent des nuits entières sous l’oeil admiratif des enfants abandonnés dont ils sont devenus les “papas” officieux. C’est le coeur battant du film. Les Staff Benda Bilili, crooners aux voix de velours usé, ne peuvent être dissociés de cet univers, ni de la situation du pays. Leur combat, leur fol espoir, c’est celui de toute la population qui dort avec eux, sur des cartons : enfants des rues, voleurs au grand coeur, putes à 1$, réfugiés fuyant la guerre, handicapés réduits à la mendicité... Une humanité oubliée, mais pleine de ressources et d’humour, qui est prise en otage par le pouvoir politique et pour qui la musique du Staff Benda Bilili agit comme un baume merveilleux.
Benda Bilili ! n’est pas un film musical, c’est un film sur des outsiders qui défient un système qui les définit comme tel. Les chansons ne sont utilisées que comme des compléments narratifs. En effet, chaque problème rencontré par le Staff Benda Bilili donne naissance à une chanson qu’ils peuvent tester, en temps réel, sur les gens de la rue. Le film s’axe autour de lieux emblématiques. Le rond-point Sonas dans le centre-ville de Kinshasa. Une véritable “cours des miracles” comme une verrue au beau milieu du quartier des affaires.
C’est le QG du Staff Benda Bilili, la boutique de Ricky, le leader de l’orchestre, y est sommairement plantée. Ce coin de trottoir est un véritable carrefour des destins brisés. Un parlement des crève-la-faim. Le zoo de Kinshasa, jardin en friche, planté de cages en ruine hantées par quelques animaux faméliques. C’est un monde en soi. Peuplé de shégés (enfants des rues) de militaires-dealers, de voyous de tout poil. Dans cette ville assourdissante et asphyxiante, c’est le seul lieu de calme relatif. C’est un lieu de trêve qui agit comme un sédatif sur les plus violents et parle aussi du paradis perdu des congolais.
Staff Benda Bilili y répète et décide même d’y enregistrer une partie de leur album. Il y a aussi les rues de la ville, lieu de la transition, de l’errance du Staff, de sa “transhumance”. Un environnement physique mouvant, dangereux, hérissé de piques et de chausse-trappes. Visuellement, c’est l’expression ultime de la corruption des élites. Trous vertigineux en plein milieu de la chaussée, lacs d’eaux usées, crevasses générant des embouteillages monstres. La calme détermination de nos héros et le cliquetis hypnotique de leurs tricycles s’opposent au fracas de la mégalopole chauffée à blanc qui, elle, ne sait plus du tout où elle va. A mesure que le succès de l’orchestre se précise, le peuple de la rue s’échauffe, se mobilise et reprend espoir. Les Benda Bilili acquièrent des statures de porte-parole de tous les laissés pour compte.
Des trottoirs pouilleux de Kinshasa jusqu’aux clubs branchés de Copenhague, l’odyssée bancale des Benda Bilili, renverse tous les clichés sur le handicap et la misère et nous questionne en permanence sur nos propres limites et notre capacité à rebondir.
Renaud Barret & Florent de la Tullaye
PORTRAITS
Ricky (55 ans)
C’est le doyen et l’âme du groupe à la belle voix mélancolique. C’est lui qui a réuni tous les musiciens du Staff et qui par son énergie communicative et son sens inné de la débrouille, maintient l’orchestre en vie quoi qu’il advienne. A la sortie des boîtes de nuit pour expatriés, il vend des cigarettes et du pastis depuis son tricycle aménagé en échoppe ambulante. Le jour, il est aussi couturier et mécanicien. Il ne dort quasiment jamais. Ricky aime les femmes, il a 2 épouses “régulières” dont une valide et 5 enfants à charge. Il porte un soin tout particulier à son apparence : casquette en tweed, lunettes noires, chemises chatoyantes “dans la vie l’homme doit être suka (chic en lingala).” Son rêve, une fois qu’il aura assez d’argent pour envoyer tous ses enfants à l’école, est de créer une ONG pour encadrer les musiciens de la rue, handicapés et valides.
Coco (50 ans)
Tout le monde connaît sa mobylette customisée à Kinshasa. Chanteur à la belle voix cassée et guitariste virtuose, il est le compositeur du Staff et membre fondateur aux côtés de Ricky. Il est aussi ajusteur et soudeur. Père de 7 enfants, il est marié à une femme valide qui habite dans une maison en dur, à la périphérie de Kinshasa. Il ne rentre chez lui qu’à la fin de la semaine, après avoir réuni suffisamment d’argent. Il ne peut payer qu’une seule scolarité, ses enfants vont donc chacun leur tour, un jour à l’école. C’est un grand observateur des moeurs de la rue, sa plus grande inspiration. C’est un homme sage et réservé, d’une force physique impressionnante (il gagne régulièrement des concours de bras de fer entre quartiers). La musique, comme il le dit souvent, “C’est tout ce que j’ai, ça me soigne très bien.”
Junana (40 ans)
C’est le chorégraphe officiel du Staff. Il est aussi le plus atteint par la polio, un corps brisé, un véritable cas d’école pour les médecins occidentaux. Pourtant, il sait tout faire de ses mains : il fabrique des guitares, des tricycles pour les autres handicapés, répare les TV et les radios. Il a vécu l’enfer, abandonné, recueillis par des religieux, balloté entre opérations ratées et dispensaires provisoires, mais il n’a jamais cessé de danser et de chanter. Sa présence le long du film est discrète, mais la bonne humeur inaltérable qu’il exprime en dansant nous fait penser qu’il est un véritable survivant de la rue.
Théo Coude (46 ans)
Bassiste et chanteur soprano. Fan de James Brown et de Bob Marley. Il collabore avec bon nombre de jeunes rappers de Kinshasa. Il est né dans une famille plutôt aisée, et proche du pouvoir. Mais à la chute du dictateur Mobutu, sa famille a tout perdu. Il s’est retrouvé dans la rue avec ses frères et soeurs valides. Théo est couturier mais surtout un électricien très apprécié dans le gettho. Dans cette ville où l’on coupe régulièrement l’électricité de quartiers pauvres ; il sait tirer des dérivations pour donner le courant à des rues entières… Théo est un joueur incorrigible.Il a toujours des dettes de jeux. Il se chamaille souvent avec Ricky à ce propos. Fatigué de ne rien gagner avec le groupe, il le quitta un moment. Ricky viendra le rechercher à l’annonce de la tournée.
Roger Landu (13 ans en 2004)
Roger est un enfant qui a été recueilli à l’âge de 13 ans et est encadré par Ricky. C’est un génie de la musique. Il est ce qu’on appelle un enfant “dans” la rue - et non “de” la rue-. C’est-à-dire qu’il ne va pas à l’école et doit aider sa famille avec le fruit de son travail. Il est un personnage central du film. Roger a créé son propre instrument : le “Satongé”, une guitare monocorde constituée d’un petit arc de bois courbe, planté dans une boîte de conserve, relié aux extrémités par un fil de fer. Un instrument très compliqué à manier dont il sort des sons sidérants. Roger fait l’admiration de tous les guitaristes de la ville. Il partageait, jusqu’à sa rencontre avec les musiciens du Staff, le quotidien de tous le “shégés” de Kinshasa : errance, drogue, violence… Roger n’a pourtant jamais versé dans la délinquance grâce à sa passion pour la musique. Avec le Staff Benda Bilili, Roger a trouvé une famille, une protection et l’occasion d’exercer son art. Il acquiert au fil du temps, une stature d’artiste à part entière.
Randi (10 ans)
C’est un “shégé” percussionniste au toucher instinctif unique. Randi est un enfant des rues au destin tourmenté. Orphelin de père et de mère, il s’est retrouvé dans la rue à l’âge de 5 ans ; il a tout connu et tout vu. Du jour où le Staff l’a encadré et nourri, Randi a pu se consacrer à la percussion et à la danse. Il travaillait néanmoins le jour comme cireur de chaussures dans le quartier des ministères. Sa soif de s’en sortir et son génie inné du rythme en faisaient une recrue de valeur pour le Staff Benda Bilili. Il a participé à une partie de l’enregistrement de l’album mais a disparu mystérieusement en 2007.



























