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NUSRAT FATEH ALI KHAN

Nusrat Fateh Ali Khan. Le messager du qawwali

« Singing Bouddha » au Japon, « Quintessence du chant humain » en Tunisie, « Voix du Paradis » aux États-Unis, « Pavarotti de lOrient » en France, le chanteur pakistanais Nusrat Fateh Ali Khan, a fait résonner partout dans le monde le qawwali, un chant soufi séculaire propice à lextase divine.

Sa voix à lintensité et à la souplesse déconcertantes, sa présence embrasée sur scène, ses multiples rencontres et ses métissages musicaux bigarrés, lont mué en star des musiques du monde, suscitant ladhésion des publics les plus différents alors quil restait fidèle à son message : « Quand je chante, la distance entre Dieu et moi est moins grande. » disait-il. « Cette musique est la voie du rapprochement ».

Trait dunion déjà mythique de son vivant entre tradition et modernité, Orient et Occident, sacré et profane, il na cessé, depuis sa disparition en 1997, dêtre repris et prolongé par des artistes du monde entier.

Cet ouvrage évoque les racines, la lignée, le parcours de ce "météore" habité par le divin ainsi que les traces quil a pu laisser dans son sillage

Pierre Alain Baud est docteur en Sciences de lInformation et de la Communication, auteur et journaliste.

Pierre Alain Baud a travaillé longtemps avec Nusrat Fateh Ali Khan et a organisé de nombreux concerts de ce dernier en France et dans dautres pays. Il a écrit plusieurs articles sur la musique pakistanaise et le sufisme au Pakistan.

Nusrat Fateh Ali Khan.

Le messager du qawwali

Auteur:Pierre-Alain Baud

Paru le : 01/03/2008

Editeur : DEMI-LUNE (EDITIONS)

Isbn:978-2-917112-03-8


BIOGRAPHIE

Nusrat Fateh Ali Khan ( ???? ??? ??? ???, en ourdou) est né le 13 octobre 1948 à Lyallpur, Panjâb pakistannais , décédé le- 16 août 1997 à Londres en Angleterre, était un musicien pakistannais, maître de qawwalî, un style musical soufi.

Nusrat commence sa carrière assez tard, à l’âge de trente ans, et comme il l’affirmera au cours de plusieurs interviews, suite à l’appel d’Allah perçu en un rêve prémonitoire. Sa voix puissante en fait une énorme vedette dans le monde islamique et il est l’un des premiers chanteurs d’Asie à connaître la notoriété en Occident, notamment grâce à ses prestations au Théâtre de la Ville à partir de 1985.

En 1995, il collabore avec Eddie Vedder sur la bande originale du film La Dernière marche (Dead Man Walking) de Tim Robbins. Sa participation à plusieurs bandes originales, à des albums d’artistes occidentaux comme Night Song (1996) avec Michael Brook ou le remix de sa chanson Mustt Mustt par le groupe de trip hop Massive Attack, aussi bien que son amitié avec Peter Gabriel (sur Real World Records), aident à accroître sa popularité en Europe et aux États-Unis.

Nusrat est responsable de l’évolution moderne du qawwalî. Bien qu’il n’ait certainement pas été le premier à le faire, il a rendu populaire l’insertion de chant khyal dans le qawwalî, c’est-à-dire de solos improvisés, au cours de la chanson, où il chante le sargam, soit le nom de la note chantée à sa hauteur propre. Il a également essayé, comme nous l’avons déjà évoqué, de mélanger la musique qawwalî avec des aspects plus occidentaux comme la musique techno ou le trip hop.

D’après le livre Guinness des records, Nusrat Fateh Ali Khan détient le record mondial du nombre d’enregistrements pour un artiste de qawwalî avec un total de 125 albums. Le début de sa carrière a fait l’objet, en 1997, d’un court métrage intitulé Nusrat Has Left the Building...But When ?

Depuis son décès, son neveu Rahat Fateh Ali Khan a repris le flambeau et marche dans ses pas.

sources : wikipedia Bio complète avec mise à jour

Sous licence CC-BY-SA

Historique des versions de « Nusrat Fateh Ali Khan »


Bibliographie

(fr) Pierre-Alain Baud, Nusrat Fateh Ali Khan, le messager du Qawwali, Éditions Demi-Lune, Collection Voix du Monde, 2008, Paris, 128 p. (ISBN 978-2-917112-03-8)

Discographie

Must Must / Last Prophet (2004)

Back to Quawwali (2003)

Body and Soul (2002)

Star Rise : Remixes (1998) avec Michael Brook

Night Song (1996) avec Michael Brook

Pakistan : Vocal Art of Sufis, Vol. 1 & Vol. 2 (1994)

Devotional and Love Songs (1993) - Nusrat Fateh Ali Khan & Party

Shahbaaz (1991 - CDRW16 sur Real World Records)

Mustt Mustt (1990 - CDRW15 sur Real World Records)

Filmographie comme compositeur

Kachche Dhaage (1999)

Kartoos (1999)

Aur Pyaar Ho Gaya (Aprile) (1997) (chanson Yaad-e-nabi gulsham mehka)

Dead Man Walking (1995) (chansons Dead Man et The Face of Love) Bandit Queen (1994) d’après la vie de Phûlan Devî

Video

http://video.google.com

http://www.dailymotion.com

http://www.dailymotion.com/nusrat-ali-khan-peter-gabriel

http://www.youtube.com/


AUTRES TEXTES........

Nusrat Fateh Ali Khan est né à Lyallpur (aujourdhui et depuis 1979, Faisalabad) au Pakistan dans la province du Pendjab en 1948, dans une famille de Qawwal et de musiciens ayant une tradition vieille de 700 ans dans cet art. Le père de Nusrat, Fateh Ali Khan était un Qawwal renommé en Inde et émigra au Pakistan fondé en 1947 où il continua à faire vivre son art.

Avec ses deux frères, Mubarak Ali et Salamat Ali, Fateh Ali était reconnu pour avoir redonner au Qawwali ses lettres de noblesse en popularisant notamment les vers du poète Iqbal. Au service de Radio Pakistan, Fateh Ali fit de nombreuses tournées à travers le pays pour devenir un des chanteurs Qawwal les plus populaires de son époque. Le génie de Fateh Ali résidait en partie dans cette pléthorique connaissance de la musique classique indienne mise au service du Qawwali, il introduit de cette manière des influences émanantes des ragas indiens ainsi que la technique du « pulta » ou du « sargan » (il sagit de lépellation des notes de la gamme à lintérieur de la structure du raga). Fateh Ali restaura en outre la forme artistique originelle du Qawwali pérénisant ainsi sa respectabilité mise à mal par les interprètes profanes.

Dévoué à son art, Fateh Ali ne consacrait guère de temps à sa famille. Il déstinait Nusrat à une carrière de medecin, le jugeant inapte à reprendre le flambeau. Nusrat était ainsi exclu de lentourage musical de son père. Pourtant, 700 ans de tradition familiale Qawwal ne pouvait laisser de marbre nusrat. Montrant une passion viscérale pour la musique, le jeune néophite se faufilait et écouter son père enseigner aux étudiants. En labsence de la figure paternel, il jouait en cachette de lharmonium. Fateh Ali le surprit un jour et ne pût que sincliner devant lintérêt sans cesse grandissant que manifestait son fils. Il prit dès lors en charge son instruction, commenca par lui apprendre le Tabla puis le Chant.

Fateh Ali mourrut en 1964 alors que Nusrat était en pleine adolescence. A la ceremonie du 40ème jour de sa mort, Nusrat fut promu successeur de son père, à la fois comme chef de famille, maître Qawwal et musicien. Lune de ses premières percées eut lieu au festival musical de radio Pakistan en mars 1965 où était rassemblé lélite des musiciens et des critiques de l époque. Sous les conseils dun producteur, Salamat Ali qui était à la tête du groupe laissa Nusrat diriger. Celui ci n eut aucun mal à se faire accepter, montrant par la même qui létait bien le digne héritier de son père. En quelques années, Nusrat, accompagné du groupe Party quil fonda en 1971, accède à la gloire, salué par tout le sous-continent indien. Son extraordinaire virtuosité vocale est relayée par un sens aigu de linnovation. Au Qawwali traditionnel et populaire, Nusrat na pas hésité à mêler des éléments empruntés au Khyal un style vocal classique longtemps réservé à lélite pour accéder à une fusion hautement originale, portée par des textes variés, à même de séduire aussi bien Musulmans que Sikhs ou Athées.

Nusrat jouit désormais dune reconnaissance et dun prestige sans commune mesure lorsquon lui décerne les titres de « Ustad » (maître) et de « Shahinshah » (roi des rois du Qawwali) ainsi que la « Pride of Performance Award for Qawwali ». Son immense talent lui permet ensuite de conquerir les pays occidentaux habituellement peu enthousiastes à légard des musiques traditionnelles. Il se produit ainsi en concert aux USA, en France (concerts mémorials à Paris), au Royaume-Uni, au Japon ...

En 1989, Peter Gabriel le signe sur son label nouveau né Real World. Dès la sortie de Sahen-Shah, ladhésion du public occidental est totale. Dautant que Nusrat ne saurait être un puriste confit en dévotion et na jamais hésité à souvrir à des collaborations à priori osées pour les gardiens du temple Qawwal (les albums Musst Mustt et Night Song en sont lillustration). Compositeur prolifique, Nusrat a enregistré plus de 80 albums sous differents labels, il contribua à des bandes originales de films ( La Dernière Tentation Du Christ, Dead Man Walking, The Bandit Queen ...) et collabora notamment avec Peter Gabriel et Michael Brook accèdant par la même à la figure dicône internationale et très convoité par la nouvelle génération adepte des sons orientaux.

Peu avant son décès prématuré le 16 août 1997 à Londres à lâge de 48 ans, Nusrat chantait avec des artistes aussi different que Pearl Jam, Asian Dub Fondation , Joi et Nitin Sawhney.

Il aurait dû travailler avec Björk et Luciano Pavarotti. Nusrat reste à tout jamais le Qawwal le plus doué de sa génération, son immense repertoire demeure une source dinspiration pour nombre de musiciens, tout style confondu ( Massive Attack a remixé Mustt Mustt, Jeff Buckley a repris un de ses titres sur son album Grace... ).

Sources : http://alikhan.free.fr


Nusrat la grande voix d’Allah

Il avait fait connaître à l’Occident le qawwali, la musique sacrée du soufisme. Il a été dévoré par un monde profane où seul compte le dieu argent.

Kisay da yar na wichhray », dit la chanson (« Puissions-nous ne jamais vivre la douleur de la perte d’un être cher »). La voix est haute, puissante, audacieuse, semble se jeter d’une falaise vers le haut, comme si d’un vertige elle faisait une aspiration au ciel. Recueillie et expansive, virevoltante et sûre d’elle, elle dit le deuil et la joie, la déploration et l’espoir. Parmi les dizaines et les dizaines de cassettes qu’il avait enregistrées, c’est sur cette chanson-là que s’étaient accordés les commerçants de Faisalabad pour le deuil de Nusrat Fateh Ali Khan, et ils l’ont diffusée en boucle toute la journée dans leurs boutiques. Le président et le Premier ministre pakistanais ont déploré cette « perte nationale ». Ce lundi d’août, les funérailles de Nusrat se sont déroulées dans sa ville au milieu de la foule. L’avant-veille, à Londres, une des plus grandes voix de Dieu dans le siècle s’était éteinte. Le communiqué médical parlait de problèmes pulmonaires et cardiaques, de poids excessif. A 49 ans, Nusrat Fateh Ali Khan mourait à l’hôpital Cromwell alors que son oeuvre était loin d’être achevée. En un instant, sa glorieuse destinée virait à la sanctification tragique. Nusrat Fateh Ali Khan ne s’était pas contenté d’être le plus grand chanteur de qawwali du Pakistan, il voulait chanter autre chose, faire une autre musique. Banal ? Imaginez Placido Domingo devenant une star de la variété chinoise ou Pavarotti enregistrant avec les tambours du Burundi. Ce qu’avait commencé Nusrat Fateh Ali Khan était unique en Asie : non seulement il avait fait découvrir aux Occidentaux une vénérable musique traditionnelle - dont il était le plus grand virtuose -, mais il jouait avec eux, s’appropriait leurs instruments, leurs techniques, devenait une de leurs stars. Qui l’avait entendu restait fasciné par son extraordinaire voix. Il fallait l’avoir vu, accompagnant le chant d’un élégant ballet de ses mains rondes, plissant ses yeux bridés lorsqu’il cherchait la note juste, la plus haute, la plus digne d’Ali. Un concert de Nusrat, c’était une fête esthétique pour les amateurs de musique hindoustanie, mais surtout une fête de l’âme. Car Nusrat chantait Dieu. Il chantait la gloire d’Ali, gendre et cousin du prophète, fondateur du chiisme. Même les chrétiens - qui ignorent depuis des siècles l’idée même d’extase - se laissaient aller à écouter dans son chant la plus haute expression d’une foi agissante. Même des athées que l’on n’aurait pas fait entrer dans une église pour l’enterrement de leur grand-mère se prenaient à fredonner « Allah hou Allah hou Allah hou » en sortant de ses concerts. En ces temps où le sacré reprend de la vigueur, Nusrat devenait un nom énorme. Il avait chanté en duo avec Eddie Vedder de Pearl Jam pour la bande originale de Dead Man Walking, et on annonçait ici et là des projets prometteurs : un duo avec les Gipsy Kings, plusieurs musiques de film, des rencontres avec des jazzmen, une collaboration accrue avec Bally Sagoo, le maître du banghra anglo-indien, un grand projet avec Ravi Shankar... De quoi passer du statut d’idole des maniaques de musique au rang de superstar, accessible au grand public. Pourtant, Nusrat restait un homme paisible, fidèle, tout entier passionné de musique et de musique seulement. Nous l’avions encore rencontré l’hiver dernier à Bombay. Le lendemain, il devait repartir au Pakistan pour l’Aïd, la plus grande fête des musulmans d’Asie. Les couloirs du Meghna Cine Sound Audio Centre étaient encombrés de la faune habituelle des jours d’enregistrement important. Malgré le décor de bas-reliefs similigrecs et de haute moquette, on n’était ni à Los Angeles ni à Londres. Comme partout où se trouve l’argent en Inde, grouillaient dans les couloirs et les escaliers des cohortes de jeunes gens à peine moustachus, empressés et patients, prêts à courir au moindre ordre, au moindre désir. Ni domestiques ni pique-assiette, occupant cette fonction indéfinie et parfois seule porteuse d’un quelconque avenir, qui consiste à être là, à attendre des jours entiers s’il le faut que le maître dise : « Va chercher. » Une incroyable soif de musique, de toutes les musiques Mais, dans le splendide studio à 36 pistes digitales où s’enregistrent au kilomètre des musiques de film, deux techniciens aux manettes et une douzaine d’importants vautrés dans des fauteuils écoutent la base instrumentale d’un morceau qui deviendra dans quelques semaines la chanson tête d’une de ces centaines de productions sirupeuses et joyeuses du cinéma indien. Au dernier rang, un peu à l’écart, Nusrat Fateh Ali Khan chante à mi-voix. Veille au moindre détail. Une prise, deux prises, trois prises. On s’empresse. On réécoute. Nusrat sourit. « Ça va. Allons dîner. » Tout s’agite aussitôt. Les importants se lèvent, les factotums s’agitent. C’est un grand désordre de marches arrière, d’ordres et de contrordres, de salutations cérémonieuses, d’énervements brefs, d’affolements saugrenus. Et l’on vogue tant bien que mal vers un quartier d’immeubles neufs. Là, dans un joli salon bourgeois à l’occidentale, une jeune actrice à l’étoile montante reçoit Nusrat à dîner.

Le maître de qawwali s’assied au salon. Les mains posées sur le ventre, les yeux ravis, le sourire sans ombre, il ne dit rien. Fredonne, tout bas, pour lui seul. Il est ailleurs. On ne distingue pas ses paroles, juste des volutes savantes et jouissives, des figures rythmiques soignées et gourmandes. Les hôtes sont charmants, accueillants, mais Nusrat est loin. Il répond par phrases courtes, avec une exquise politesse, une douceur de ton et de regard qui forcent l’affection. Mais pas de conversation. Dès que l’on ne s’adresse pas à lui, il se retire en lui-même et fredonne encore. Il faut que quelqu’un prenne la télécommande de la télévision et zappe sur une chaîne de clips pour que ses yeux se fixent. Chansons mielleuses de films indiens, hard rock, chansonnette américaine, il regarde tout, sourit à tout, vieux gosse émerveillé et soudain curieux.

Peut-être était-ce cela, le secret de Nusrat : une incroyable soif de musique, une vie tout entière tendue vers des objectifs aussitôt renouvelés sitôt qu’atteints. Fils de Ustad Fateh Ali Khan, grand maître de qawwali, il n’était pas destiné à la musique. « Mon père voulait que je sois médecin ou ingénieur, nous confia-t-il. Mais j’ai écouté secrètement les leçons qu’il donnait à ses élèves. Et un jour il m’a entendu chanter tout seul. Alors seulement, il a accepté de me donner des cours. »

Chanteur mystique avant tout, il ne dédaigne pas la variété Le jeune Nusrat a 13 ans quand son père succombe à un cancer. Aux cérémonies d’enterrement, il chante pour la première fois en public. L’assistance, qui compte beaucoup d’amateurs lettrés du qawwali (lire l’encadré), est séduite par cet enfant prodige. En effet, il ne s’agit pas seulement d’avoir une belle voix et de bien savoir improviser sur la trame modale, mais aussi de prononcer et de scander à la perfection le poème, de respecter, à la note près, les libertés définies très précisément par le mode.

Ses oncles, qui prennent la succession de son père à la tête du groupe familial, décident de couver encore le prodige : il se passera encore six ans avant que, en 1972, Nusrat Fateh Ali Khan ne fasse ses vrais débuts professionnels au festival soufi annuel qui célèbre Ali Bin Osman al-Hudjiviri, le saint patron de la ville de Lahore, où il a été le premier musulman à s’établir au XIe siècle. L’enthousiasme est immédiat.

Le jeune chanteur se joue des sophistications extrêmes du qawwali. Les vieux érudits goûtent sa fidélité et sa rigueur, le public populaire vibre à sa ferveur. Peu à peu, à mesure qu’il prend les premiers rôles sur scène, il prend le pouvoir dans la famille.

Au Pakistan, il n’y a pas de concerts à l’occidentale. Dans les festivals, une scène en plein air accueille tour à tour plusieurs groupes, parfois pendant des dizaines d’heures, à proximité du tombeau d’un saint, et on ne sait trop s’il s’agit d’un spectacle ou d’une célébration. Des mécènes ou des amateurs fortunés - ces dernières années, beaucoup de trafiquants d’armes ou de drogue - invitent les musiciens à jouer dans leur salon ou sous leur véranda. Ou alors les musiciens jouent dans les mariages ou les fêtes de circoncision. Nusrat nous dira ainsi avoir longtemps chanté mille fois dans l’année ! Le rythme est éreintant, mais fait de Nusrat le « plus populaire des chanteurs pakistanais. D’autant qu’il ne se limite pas au qawwali. Il ne dédaigne pas d’enregistrer des chansons d’amour ou de la variété « semi-classique ». Il chante avec choeurs féminins, guitare, synthé et cuivres. Le Pakistan se pâme, Nusrat est star.

Et il saute le pas : en 1985, il donne son premier concert parisien au Théâtre de la Ville. Les deux CD enregistrés par Ocora peuvent restituer aujourd’hui l’extraordinaire forme, le génie instantané de Nusrat. Tout est parfait : la cohésion de son groupe et la qualité du dialogue qu’ils mènent, l’énergie et l’inspiration des improvisations de Nusrat, le saisissement palpable d’un public ébahi.

Un autre Occident découvre Nusrat la même année : Peter Gabriel, premier propagandiste anglo-saxon de la world music avec le festival Womad, qu’il organise, fait découvrir le qawwali à l’Angleterre. En 1989, il utilise un chant de Nusrat pour la musique de la Dernière Tentation du Christ de Martin Scorsese.

Nusrat se passionne pour l’Occident : il s’amuse de voir sa musique découpée en « loops » et restructurée par Michael Brook (pour Night Songs, magnifique album Real World), il s’essaye à des duos impossibles, il se fait remixer avec joie, mais sans jamais dénaturer sa musique ou prostituer sa voix.

Nusrat est furieux, pourtant, de l’utilisation qui est faite d’un air dé-votionnel pour accompagner une scène de torture dans Tueurs nés d’Oliver Stone : des bandes venues on ne sait comment du Pakistan sont remixées sans son autorisation à Londres et viennent parasiter la belle impression que laisse le travail des rappeurs de Massive Attack sur Musst Musst. Surtout, le Qawwal and Party se dérègle peu à peu. A son dernier passage, en 1995 au Théâtre de la Ville, on avait entendu Nusrat un peu fatigué, certes, mais surtout discutablement entouré : choeurs approximatifs, élan émoussé, manque de conviction de l’ensemble.

Son entourage exploite jusqu’à la mort le virtuose devenu malade Car la maison Nusrat ne va plus très bien : profiteurs et gagne-petit gravitent alentour. C’est la version prédatrice des « Va chercher » des studios de Bombay : la musique importe moins que l’argent, la santé de Nusrat ne compte pas. Lorsque récemment un médecin lui certifie que, diabétique, cardiaque, obèse, il n’est en vie que par un coup de chance, les pressions sont trop fortes et trop diverses pour qu’il envisage de s’arrêter pour se soigner. Entre brouilles financières et affrontements familiaux, l’entourage des premières années s’est égaillé, et Nusrat n’a plus autour de lui que profiteurs et opportunistes.

Le drame est que, si en Occident la tendance des exploiteurs de stars est plutôt à protéger « l’outil de travail », son staff préfère le profit rapide. Et Nusrat n’arrête pas un jour de travailler, sauf quand il tombe d’épuisement - alors seulement on annule. Quand il arrive à Londres, début août, pour procéder à des examens médicaux et collecter des fonds pour un centre de lutte contre le cancer, il est déjà trop tard. Il doit être hospitalisé avec une grave insuffisance respiratoire. Il ne s’en relèvera plus

Lundi 22 Septembre 1997 Bernard Dicale

sources : Marianne2.fr




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