texte Wajdi Mouawad , mise en scène Dominique Pitoiset au theatre de la ville du 16 septembre au 04 octobre 2008Le soleil ni la mort ne peuvent se regarder en face
WADJI MOUAWAD
DOMINIQUE PITOISET
mise en scène et scénographie Dominique Pitoiset texte Wajdi Mouawad
Alors qu’il dirige le Théâtre national de Dijon Bourgogne, Dominique Pitoiset envisage un spectacle autour du personnage d’Antigone. Et puis le destin l’emmène en d’autres lieux, vers d’autres projets, mais le désir demeure. Il évolue, s’amplifie, se déplace, se fixe sur les origines de la malédiction qui frappe les enfants d’Œdipe, Œdipe lui-même, son père Laios et sa mère Jocaste.
Et remontant la lignée, Polydore, Labdacos, et puis Cadmos qui épouse Harmonie, fille d’Aphrodite, et que son propre père, Agenor, envoie à la recherche d’Europe, enlevée par Zeus, pour l’occasion métamorphosé en taureau…
Tous, eux, les autres sont confrontés à des monstres, sont bousculés, marqués par des guerres sans fin, des retournements d’alliance, des tragédies et trahisons familiales, des agressions, des comportements hideux.
Alors Dominique Pitoiset se pose et pose la question : « Faut-il croire à la fatalité et s’y résoudre, faut-il prendre en compte les oracles, ou assumer ses actes ? Si l’on veut les expliquer sinon les justifier, peut-on se référer au déterminisme cellulaire, au patrimoine génétique » ? Fermement opposé à ces attitudes, il croit à la conscience politique et au principe de responsabilité.
Ne trouvant pas chez les grands tragiques grecs de réponse à cette interrogation, ni de solution au montage d’une « tragédie sans chœur », il s’adresse à Wajdi Mouawad, comédien et metteur en scène, avant tout auteur.
Vivant entre la France et le Québec, né au Liban. C’est l’une des raisons pour lesquelles – en dehors, évidemment de son admiration à l’égard du poète – Dominique Pitoiset fait appel à cet homme, souvent préoccupé des mystères et conflits familiaux, et à partir de là, curieux de l’enfance. En quelque sorte, compatriote des héros de la mythologie, comme eux voyageur en quête de nouveaux mondes.
Et d’une vérité peut-être venue d’ailleurs, fuyante, voire interdite. C’est pourquoi il écrit. Pour rester en contact avec l’univers et son histoire. Profondément athée, Dominique Pitoiset voit dans les dieux des êtres de pouvoir, des manipulateurs. Wajdi Mouawad quant à lui, refuse « ce qui veut tout m’expliquer et me prouver que je suis totalement explicable. Je suis attiré au contraire, par tout ce qui exaspère le mystère que je suis »(www.evene.fr).
Ils ont travaillé ensemble pendant près de deux ans, se rencontrant çà et là, au fil de leurs pérégrinations professionnelles, discutant, s’interrogeant l’un l’autre. Car l’intérêt de cette collaboration tient justement à ce qu’ils s’estiment, s’entendent sans pour autant se ressembler. Chacun campant sur ses positions, écoutant l’autre, et par là même approfondissant, aiguisant ses propres projets. Sensiblement de la même génération, chacun à sa manière ausculte l’Histoire qui les a forgés dans le monde qu’ils habitent. Ils n’en ignorent pas la sauvagerie, ils ne veulent pas l’exploiter.
À propos de l’une de ses pièces précédentes, Wajdi Mouawad déclarait qu’elle ne traitait pas de la guerre, mais « de la tentative de rester humain dans un contexte inhumain ». Là, sur ce point essentiel, s’est nouée la rencontre.
C’est la première fois que Dominique Pitoiset collabore à la fabrication d’un texte. Il n’en a pas écrit un seul mot, mais a lu, discuté, demandé. Imposé une seule chose : la chronologie. À vrai dire, pour le moins discontinue.
On saute les années, mais toujours dans le sens du temps. C’est aussi la première fois qu’il commande à André Litolff, musicien avec lequel il a déjà travaillé, une partition jouée en direct sur scène. Et
sur le même principe, a demandé à Kattrin Michel des dessins qui s’animeront pendant le spectacle, composé de trois parties : Cadmos, l’homme qui marche ; Laios, l’homme qui court ; Œdipe, l’homme qui boite.
Une sorte d’oratorio, un théâtre « fantastique » comme on le dit du cinéma, avec trois acteurs incarnant une trentaine de personnages. Pendant deux heures, sur fond de guerres, de rêves avortés, de passions amoureuses, de catastrophes encore à venir, ils nous feront traverser les époques depuis les origines de notre culture occidentale.
Deux heures pendant lesquelles nous partirons des rives du Liban, en Phénicie, à la recherche d’Europe, pour célébrer la naissance d’une ville, d’une utopie : Thèbes aux sept portes.
Colette Godard

WAJDI MOUAWAD
Né en 1968 au Liban, Wajdi Mouawad suit ses parents qui fuient la guerre, en France en 1978, puis au Québec en 1986. En 1991, il est diplômé de l’École nationale de Théâtre. En 1998, Willy Protagoas enfermé dans les toilettes reçoit le prix de la meilleure production à Montréal. Il se partage entre le Québec et la France. En 2000, il fonde avec de jeunes comédiens montréalais le Théâtre de Quat’sous. Artiste associé à l’Espace Malraux de Chambéry, il y crée notamment Incendies, Forêts, et en 2008, Seuls. Molière du meilleur auteur francophone pour Littoral, fait chevalier des Arts et des Lettres en 2004, il est directeur du Théâtre français du Centre national des Arts à Ottawa.

DOMINIQUE PITOISET Né à Dijon, Dominique Pitoiset suit l’École des Beaux-Arts, puis celle du TNS comme élève comédien. En 1990, il monte un Misanthrope qui le fait connaître. Suivent entre autres Timon d’Athènes, Urfaust de Goethe, et en 1995 Oblomov d’après Gontcharov, prix de la critique. De 1996 à 1999, il dirige le Théâtre national de Dijon Bourgogne, en 1998 crée au Théâtre de la Ville Les Brigands de Schiller, après y avoir présenté un an plus tôt Le Procès d’après Kafka.
Il part pour l’Italie où il monte des opéras, une première version de La Tempête. En 2004, nommé au CDN de Bordeaux, il y fonde une école, monte notamment Tartuffe, Sauterelles de Biljana Srbljanovic – donné en 2006 aux Abbesses – et une nouvelle version de La Tempête.
infos
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2 place du Châtelet Paris 4 Situer le Théâtre de la Ville
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31 rue des Abbesses Paris 18 Situer les Abbesses
RENSEIGNEMENTS tél : 01 42 74 22 77
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