mise en scène de Catherine Marnas du 04 au 09 novembre 2008 au theatre de la villeLe Retour au désert O retorno ao deserto
Bernard-Marie Koltès Catherine Marnas
avec des comédiens français et brésiliens en français et en portugais (surtitrage en français pour le portugais)
Nous sommes au début des années 60. Mathilde ayant – question d’héritage – été dénoncée par son frère pour collaboration pendant la Seconde Guerre mondiale, est partie se faire oublier en Algérie.
Encore une fois pour se faire oublier, elle revient de ce pays dans la maison familiale, que ledit frère n’a, littéralement, jamais quittée. Jamais il n’en franchit les murs. Il s’y est enfermé, avec sa femme alcoolique, son fils qu’il surprotège et terrorise, sa bonne, son domestique arabe. Les retrouvailles sont pour le moins agitées…
Le Retour au désert est l’une des dernières œuvres de Bernard-Marie Koltès, écrite pour Jacqueline Maillan, qui l’a créée avec Michel Piccoli dans la mise en scène de Patrice Chéreau en 1988*. Vingt ans après, Catherine Marnas relève le défi. Radicalement, puisqu’elle monte la pièce avec une distribution franco-brésilienne. Les Français incarnant principalement les notables, les Brésiliens, les membres de la famille. Tout se passe dans un « tricotage de langues » qui se répondent, s’entremêlent. Il ne s’agit pas d’un caprice mais d’un choix, et d’un enchaînement de circonstances.
Catherine Marnas travaille souvent à l’étranger. Au Mexique – où elle a introduit Koltès avec Roberto Zucco –, en Chine, et donc au Brésil où elle a dirigé deux ateliers, à Rio et à São Paulo.
Puisqu’elle connaît parfaitement son auteur, qui là-bas est rare, le désir lui est venu de confirmer ce qu’elle savait déjà : la portée universelle de son écriture. Et ce, à travers cette pièce, souvent considérée comme une peinture acerbe de la province française. Elle en avait déjà acquis une idée plus vaste en montant avec les élèves du Conservatoire Matériau Koltès, collage qui laissait une large place au Retour : « On y reconnaît les thèmes habituels, dont celui de la guerre. Dans la maison et à l’extérieur, c’est la même, rejointe par l’amour, par ce besoin de l’autre et l’inquiétude agressive qui l’accompagne. Thème déjà abordé avec La Solitude des champs de coton, où la parole devient une arme mortelle, où celui qui propose, le dealer, est aussi celui qui est en demande.
« Ici, je trouve intéressant qu’une femme, Mathilde se trouve dans cette situation. Ce qu’elle veut, c’est arracher son frère à la prison qu’il s’est lui-même construite. Racines-déracinement, poids de l’héritage familial et social, besoin d’y échapper chez les enfants. Encore des thèmes familiers à Koltès. En me plongeant dans Le Retour au désert, j’ai été frappée par ses points communs avec une pièce de jeunesse, L’Héritage (que Catherine Marnas a présentée aux Abbesses en 1997, où l’on voit une famille riche, bourgeoise, déglinguée, prisonnière de sa maison, et chez le fils, un furieux besoin de fuir…).
« Au départ, je ne savais pas si les comédiens brésiliens allaient adhérer à mes idées. Finalement, ils y ont vu des liens très clairs avec ce qu’ils vivent.
En particulier à propos des murs qui encerclent les riches, les coupent du reste de la population. Même des points de détail, comme l’OAS, leurs parlent. Chez eux, les groupes de notables qui planifient les attentats, collectent des fonds pour l’armée, ont été les commanditaires de la dictature.
« Évidemment, il n’est pas question de domestique arabe dans un pays où les seuls orientaux sont de riches hommes d’affaires libanais. Les communautés qui souffrent du racisme quotidien sont les Noirs, les métisses. Le domestique est donc un acteur métisse, qui connaît fort bien le problème.
« Dans cette pièce, dans les sentiments troubles, violemment passionnels et morbides de Koltès à l’égard de sa province natale, de ses propres racines, je retrouve quelque chose de Rimbaud quand il parle de lui et de son pays… Et dont je trouve un écho au Brésil à cause sans doute de cette végétation adossée aux villes, si puissante et vivante qu’elle donne l’impression de pouvoir bouger, envahir l’espace et l’esprit. »
Colette Godard
BERNARD-MARIE KOLTÈS
Né à Metz en 1948, entre à l’École du CDN de Strasbourg, est remarqué par Hubert Gignoux, fonde une compagnie, le Théâtre du Quai, pour laquelle il écrit et met en scène plusieurs pièces.
Et pour la radio, dans l’émission de Lucien Attoun, L’Héritage (1972), Des voix sourdes (1973).
Il écrit également des romans, et La Nuit juste avant les forêts, révélée par Jean-Luc Boutté (1981), Salinger par Bruno Boëglin à Lyon (1979), Combat de nègre et de chiens créé en France à Nanterre par Patrice Chéreau (1983) qui montera Quai Ouest (1985),
Dans la solitude des champs de coton dans plusieurs versions (1986 et 1995), Le Retour au désert (1988).
C’est Peter Stein à Berlin qui en 1990, crée Roberto Zucco. Du Guatemala au Mexique, du Sénégal à New York, Koltès voyage sans cesse et meurt du sida en 1989.
CATHERINE MARNAS
Élève au conservatoire de Lyon, assistante d’Antoine Vitez, elle réalise son premier spectacle (Rashomon) en 1986, devient collaboratrice de Georges Lavaudant jusqu’en 1994, fonde sa compagnie « Parnas ».
Artiste associée à la Scène nationale de Gap, elle y crée notamment Vania d’après Tchekhov, (1991) Les Diablogues de Dubillard, (1992), L’Héritage de Koltès (1997), La Tempête (1998), Mary’s à minuit de Valletti (1999), Sainte Jeanne des abattoirs de Brecht (2006).
Professeur au conservatoire de Paris de 1998 à 2001, professeur honoraire de l’Académie centrale de Pékin, elle dirige également des ateliers au Mexique où elle monte Roberto Zucco de Koltès (1995), Eva Perón de Copi (2002), et au Brésil.
infos
THEATRE DE LA VILLE
2 place du Châtelet Paris 4 Situer le Théâtre de la Ville
les ABBESSES
31 rue des Abbesses Paris 18 Situer les Abbesses
RENSEIGNEMENTS tél : 01 42 74 22 77
A lire aussi :
LEONARD COHEN
Festival Aulnay All Blues / 2008
Aulnay-sous-Bois, invitée surprise des Grammy Awards
Archives / édition du 15 au 23 novembre 2008
Nos enfants nous accuseront
NEAPOLIS ENSEMBLE
Qawwali-Gospel
Chants sacrés soufis et afro-américains
Craig Adams et les Voix de La Nouvelle Orléans (USA)
Faiz Ali Faiz et son ensemble (PAKISTAN)
Lundi 24 novembre, 20h Salle Pleyel


























