J’AI LA FEMME DANS LE SANG
DU 5 AU 27 NOVEMBRE 2010 au Nouveau théâtre de Montreuil

- © Jean-Louis Fernandez
J’AI LA FEMME DANS LE SANG
d’après Les farces conjugales de Georges Feydeau
adaptation Richard Brunel et Pauline Sales
mise en scène Richard Brunel
Avec Yves Barbaut, Chantal Deruaz, Aurélie Edeline,
Vincent Garanger, Felix Kysyl, Anthony Poupard,
Pauline Sales.
L’HISTOIRE
" Un pot de chambre est l’objet commun à deux des pièces. Dans Léonie est en avance, il est un instrument d’humiliation pour le mari que sa femme Léonie, sur le point d’accoucher, a vu en rêve avec un vase de nuit en lieu et place d’un chapeau. Elle n’a de cesse de lui demander de réaliser cette vision, ultime caprice de la future primipare.
Dans On purge bébé, le pot de chambre est à la fois une valeur marchande, Monsieur Follavoine est fabricant de porcelaine, et le symbole de la mésentente entre les époux, Toto le fils n’a pas fait sa commission. La mère, atrocement préoccupée par cette constipation momentanée, laisse ses eaux sales traîner dans le cabinet de travail de son mari.
Cabinet de travail, cabinet de toilettes, intrusion de l’intime dans l’espace professionnel, c’est véritablement aux affaires du corps, à l’envers du décor, aux vérités toutes nues et criantes, aux émanations du corps les plus prosaïques que nous convie Georges Feydeau dans ses affaires conjugales. On rit de l’usure, de la cruauté de ce métronome qui rythme avec tant de savoir-faire les points d’achoppement connus et reconnus entre les deux sexes.
À chaque fois l’enfant est au coeur des intrigues, objet de chantage magnifiquement manié par les mères pour élargir à l’infini la culpabilité paternelle. Les hommes sont contraints à entrer dans le monde des femmes, monde du corps souffrant, femme enceinte dans Léonie est en avance, mère d’un enfant malade dans On purge bébé, corps de femme déformé par l’enfantement, puis négligé par la maternité, que l’homme est toujours mis en position d’incapacité à satisfaire. Il est homme, voilà tout, il ne souffre pas dans sa chair les douleurs de l’enfantement, les inquiétudes viscérales liées à la santé de celui qu’on a fait naître. Il ne compatit jamais suffisamment, il ne trouve pas sa place, il est déplacé. Que l’enfant soit à naître ou qu’il soit né, il ne fait qu’un avec la mère. Le père ne peut accéder à lui qu’à travers la mère. Il ne peut en avoir qu’une connaissance superficielle. La femme apporte à l’homme dans son cabinet de travail ce qu’il voudrait ne pas voir, ce dont il estime ne pas avoir à s’occuper, les eaux sales, l’enfant à purger.
La femme démontre tout ce qu’elle fait, à elle le sale boulot. Femme envahissante, culpabilisante, maîtresse des intérieurs qu’elle fait proprement déborder dans l’espace social et public.
N’était-ce pas à cette époque leur seule capacité de prouver leur existence et leur pertinence ? Ces femmes, abominables, castratrices, qui s’emparent de l’espace privé comme des pdg d’entreprises familiales, seul lieu possible de leur prise de pouvoir. "Pauline Sales
Nouveau théâtre de Montreuil / Centre dramatique national
Salle Jean-Pierre Vernant 10 place Jean-Jaurès 93100 Montreuil
M° Mairie de Montreuil ligne 9 (sortie bd Rouget de Lisle)
Réservation : 01 48 70 48
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