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GRAND CORPS MALADE

En concert en Octobre 2019

Dj Oil

concert


Biographie officielle

« C’est mon premier disque. Je n’ai rien fait avant.

C’est un vrai départ. »

Avant de parler de « Black Notes », impossible de faire l’économie d’un rapide retour en arrière. DJ Oil ne cherche pas à travestir la vérité : à quarante ans, il n’a plus le temps de jouer de faux-semblants.

Pas question de (se) mentir pour celui qui fut l’une des têtes chercheuses des Troublemakers, entité pionnière de la house made in France.

Une aventure débutée à la fin du siècle dernier, autour d’un sampler et d’une pile de disques lors d’ateliers à la Friche de la Belle de Mai, lieu qui abritait alors les alternatives créatives de Marseille.

Jolis succès critique et public sur Guidance, label phare de Chicago, puis deuxième disque annoncé sur Blue Note au mitan des années 2.0.

Et là, patatras ! Un contrat mal ficelé, et l’affaire tourne à l’aigre galère.

« Les années 2000 ont été très dures. Les Troublemakers m’ont fait perdre dix ans de ma vie. »

À partir de 2005, DJ Oil va donc œuvrer en solitaire, depuis Marseille, sa ville où il a grandi à l’ombre d’un père fan de r’b vieille école (« Sam & Dave, James, Otis Redding… » ), collectionneur de disques et non DJ comme le prétend la légende. « Il poussait juste des disques pour les amis le dimanche après-midi. »

Le fiston, Lionel Corsini pour l’état-civil, a donc de qui tenir.

DJ depuis l’âge de 15 ans, Oil a pratiqué les raves sauvages ou officielles, s’est fait la main avec un show hebdo sur Radio Grenouille, a multiplié les projets où ses platines ont croisé les musiciens : Stefano Di Battista, Julien Lourau, Vincent Ségal, Sébastien Martel, Sandra M’Keke, Magic Malik, Jules Bikoko…

Et pourtant. « Etre à Marseille, ça ne m’a jamais aidé.

La scène y est très exiguë. Ça créé de l’éloignement, et puis il y a un manque de crédibilité par rapport à Paris.

On n’est toujours pas pris au sérieux. » Tant pis, depuis six ans, Oil pousse le pitch plus loin, publie des maxis sur des labels à l’étranger, part en virée en Afrique et en Amérique centrale : ce sera le projet itinérant Ashes To Machines avec Jeff Sharel trente-neuf pays traversés et des centaines de musiciens croisés entre 2006 et 2009.

À la clef : des kilomètres de sons et des tonnes de bonnes vibrations. Un sillon profond où il va planter l’aiguille de sa future création.

Ce premier disque donc, un singulier recueil constitué des multiples tours et détours, bons et mauvais, qui ont précédé.

« Black Notes ». Un carnet de notes, noirci d’histoires, histoire de ne rien oublier, le meilleur moyen pour repartir du juste pied (au compteur, jamais plus de 120 !). « Enfin, mes idées sont claires. »

Pas de doute, le titre en dit déjà long sur cette bande-son autobiographique entre les lignes, plans-séquences peuplés de ruptures narratives et d’irruptions rythmiques, un scénario hanté de voix majuscules.

Comme la bande originale d’un film noir de noir, l’envie d’en revenir aux racines du groove pour élaborer un son tout à la fois dense et minimal, moite et sec. Sous le vernis d’une house spirituelle, « ça respire pas franchement la gaieté ! Il y a une évocation assez claire de la souffrance des Blacks, mais le message politique n’est jamais au premier plan, ni au premier degré. » « Black Notes », les noires du clavier, les plus graves. La Great black music, aussi, surtout : blues, jazz, funk, soul, house, et puis toute l’expérience africaine, qui apprend à « composer avec le terrain, la rude réalité tout autre que Protools ».

Tout en un sampler, passé au filtre de bons vieux amplis. Tout son « background musical » au service de ce son, de ses chansons, de ces boucles qui se répètent et pénètrent en pleine tête.

Trois ans à tout enregistrer, tout seul, tout monté, démonté, remonté dans son studio. « J’ai passé rien qu’un an sur le mix, l’architecture des morceaux.

C’était un aspect essentiel du travail : je voulais un son analogique pour me démarquer des productions actuelles. Garnier et Gilb’r m’ont félicité ! » Aux manettes, Oil invente ainsi de nouvelles manières de créer un groove à l’ancienne, un grain rétro-futuriste : les samples s’effacent, mais la technique du montage « virtuel » demeure essentielle. Au final, cet assemblage de sons live, lui aux claviers et quelques invités captés au fil du temps dans des endroits insolites (là un entrepôt en Afrique, un autre dans ses toilettes…), et de samples, « jamais plus de quatre mesures », est construit comme un DJ Set, cinématique et climatique.

Telle sera la formule, plus « electro up tempo », sur scène avec les Tontons Macroutes Jeff Sharell aux baguettes et Jean-Phi Darry aux claviers. Tous trois connectés les uns aux autres, pour une interconnexion de tous les instants, où les images, véritable quatrième élément du dispositif, seront déclenchées par la musique. « J’ai toujours rêvé de faire des sets avec uniquement mes morceaux originaux. »

Les thèmes, justement, parlons-en. « Black Notes », pour commencer.

Plus qu’une introduction, une déclaration d’intention : un thème des plus sombre, un beat des plus sobre, un retour aux racines du groove pour mieux se tourner vers l’avant.

Avec au micro, Gift Of Gab de Blackalicious, qui tombe les mots. Passé « Your Art », superbe instru soulful, on retrouve le rappeur sur « Rock It » qui pose son flow plus rentre-dedans, en écho au dialogue surréaliste entre un producteur et un artiste extrait d’une tragi-comédie de Mel Brooks, « autour des questions d’étique et de fric » . « C’est une réflexion sur le nouveau bizness de la musique : un bon réseau plutôt que de la bonne musique ».

Tout l’inverse de « It’s Teenage Thang », l’histoire d’un vrai gars branché musique, scandé par Reggie Gibson, slammeur de Chicago. Une voix qui tourne en boucle, une flûte qui plane haut, au-dessus ! C’est encore Malik le magicien qui irradie le climat plus feutré, entre forêt et désert, de « Give Me Your Love » : boosté par des cordes perlées et des cuivres tamisés, sa prophétique flûte s’envole à la manière des muezzin soufis sur le tapis rythmique tressé autour d’une basse totémique et des boucles entremêlées de percussions.

Sur « Mind Your Step », seul le tambour tonne l’appel des esprits… et Sam Karpienia convoque en occitan l’âme des ancêtres. « Au départ, l’idée était d’établir un constat pour avancer. Il s’agit d’une réflexion sur le futur, en musique et dans la vie, sans oublier les galères.

Ni les amis, qui sont tous cités. » Comme un appel à la prise de conscience, des chœurs comme des complaintes irréelles, comme une transe qui monte peu à peu à la tête, happe body and soul. Avec «  ???), retour à la terre africaine avec PO Box , slammeur de Joburg qui dresse constat sur l’amère réalité australe. « Il s’agit d’une réflexion sur le milieu de la musique en Afrique du Sud, où là aussi les choses ne s’arrangent pas.

Le contexte pousse les musiciens créatifs à fuir ! » Ce que souligne ce poème, une voix qui slalome entre les maux et un funky drummer réhaussé de touches electro, qui se termine par « Welcome ».

Welcome, donc.

Comme une ouverture vers un ailleurs, qui s’enchaîne par « Buddy », un instrumental « abstract afro jazz modal » sur un tempo house sweet house. Comme une respiration, qui annonce un changement de registre : toujours plus soul, Malik chante ainsi une ode intitulée « Charlie », le prénom de la petite de DJ Oil, tandis qu’« Ingrid Tapes » célèbre sa douce, sa femme, en une sensuelle montée, avec une voix susurrée et une flûte effleurée (Malik, toujours lui), qui peu à peu glisse vers la house spirituelle : plus de six minutes de glissement suggestifs, rythmique à la coule, vers la piste de danse… « La musique nous évite d’être seul. Travailler la musique en impro, c’est s’offrir des moments de lumière.

Un seul moment peut suffire pour toucher à une énergie intemporelle. » Oil résume ainsi le propos du libre-penseur saxophoniste dont la voix habite « Alix In Ornette Land », dédié à son autre fille dont on entend un éclat de rire en guise d’intro de ce morceau au beat plus allusif, un tempo élastique qui s’étire et colle à la peau.

Et pour finir, en outro, une interview d’Ornette Coleman réalisée en 1992 par Lionel Corsini encore étudiant.

Le sens de la vie, de la musique ? Rendre meilleurs et plus libres les esprits, guérir les souffrances et les peines…

Comme une lumière, comme une boucle ouverte, qui raisonne du plus écho un siècle plus tard, sur le futur d’un artiste, qui signe avec « Black Notes » le premier album d’un grand producteur.



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