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Canta U Populu Corsu

concert

2017

le 18 Mai 2017 au Théâtre Silvain à Marseille


Reportage le 8 février 2014 à 19h au TRIANON à Paris ©Salah Mansouri

Le Trianon 80 Boulevard de Rochechouart, 75018 Paris

Reportage au concert des Canta U Populu Corsu à Paris au Trianon pour fêter la sortie de leur album : Altrimenti et célébrer 40 ans de chants, d’engagements, de liberté , en Corse et ailleurs, Merci à Ceccè et à tous les "Canta"...



















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Actus

dernier Album Altrimenti

« Altrimente » , onze titres, avec des compositions de Ghjacumu Fusina,
Christophe Filippi, Alanu Di Meglio, Saveriu Luciani, Charles Rutili et Jean-Frédéric Terrazzoni,
pour évoquer la reconnaissance du peuple corse, l’officialité de la langue corse,
le problème de société du suicide qui n’épargne pas la Corse,
celui aussi de la fascination des armes, la violence avec l’évocation
de la mort du jeune Antoine Casanova à Corte… complété par
un hommage à Alain Nicoli, éternel militant, et un regard sur les autres
posé sur Nelson Mandela. Un album dans la continuité de la route initiée par
Canta, porteur de messages d’espoir. Enregistré au studio l’Angelina à Valle di Rustinu,
avec des arrangements de Jean-Bernard Rongiconi.


L’identité du groupe est à n’en pas douter marquée par une attitude et une réputation permanentes d’intransigeance. Celle-ci ne découle pas d’une vision théorique, d’un dogmatisme de commande, mais d’une référence constante, au fil des événements ténus ou graves, à l’image que les membres de Canta se font de leur appartenance et de la communauté qu’ils représentent : "Nous avons été portés par un mouvement, mais nous n’obéissions pas à un parti". D’ailleurs, on rend compte sur scène des décisions prises, dans les brefs commentaires ou par les dédicaces qui précèdent chaque chanson.
L’ITINÉRAIRE D’UN NOM

Ces choses-là, dit-on, s’enracinent vite dans le nom que l’on porte. Celui de Canta u Populu Corsu sonne haut et fort, comme un hymne ou un péan. C’est aussi une réussite linguistique, une phrase canonique, un exemple irremplaçable du génie propre à la langue corse. Un fétiche identitaire, une règle de grammaire frappée au coin de l’identité linguistique corse : Verbe + Sujet. Essayez un peu, pour voir, de suivre un autre ordre syntaxique pour la phrase simple : "U Populu corsu canta". Non ! vraiment, ce serait laborieux et dérisoire comme les tailleurs qui sont riches et les barques petites des méthodes pour l’apprentissage de l’anglo-saxon. Il y a aussi le chant et le peuple : le programme de notre groupe dans une formule laconique. Spartiate. Militante à souhait. Reste un problème plus délicat : comment a-t-on eu un jour l’audace, tout seul ou à quelques-uns uns, de proclamer qu’on représentait tout un peuple et qu’on chanterait désormais en son nom ? Comme il faut un coupable pour ce péché d’orgueil inouï, l’interviewer lance l’enquête, mais les choses se sont passées tout autrement que ce qu’on croyait. On devait être en 1972-1973, ou peut-être plus tard et le groupe en était à ses premiers débuts, informels et fébriles. Disons que c’était dans cette année 1974 où la chronique "disques" de Kyrn avait été consacrée à Regina et Bruno, Lucien Bocognano, Maryse Nicolai, Tintin Pasqualini, JeanPaul Martini, Louis Savelli, Paulo Quilici, Joseph Susini, José Baldrighi, A Mannella, Rinatu Santori, Antoine Ciosi. Mais dans son numéro de décembre 1974, le même magazine notait que "les bourgeons de l’espoir fleurissent et battent dans les veines" pour signaler le premier 45 tours de Ghjuvanpaulu : "A Pasquale Paoli", aux éditions Chants des Pieve, avec la participation de Petru et de Natale. Ce commentaire pointait une distance vis-à-vis de ceux qui à l’époque représentaient le chant corse. On n’en était pas encore aux remises en cause, ni aux accusations, parfois brutales que la nouvelle chanson corse adressa à ses aînés et qu’elle s’évertue aujourd’hui à corriger, en invoquant les processus éternels de l’opposition des générations.

1. Le sauvetage d’une tradition

Toujours est-il que depuis l’année précédente, ce qui devait devenir Canta naissait progressivement d’une rencontre entre des animateurs de l’Unité corse de la Maison de la Culture de la Corse et les chantres de Sermanu. Ecoutons le témoignage de Ghjuvanpaulu : "C’était en 1973. Je suis monté à Sermanu et je me suis trouvé soudain sur le terrain de la tradition. J’étais avec Saveriu Valentini et Minicale qui était un fana de folk-song. Minicale m’avait été présenté par mon frère Nanou ; ils avaient sympathisé à Dijon parce qu’ils avaient la même passion pour la musique. En face de nous, il y avait Petru, son père Filice Antone Guelfucci, ses oncles Marcellu, Andria et tous les Sermanacci". C’est alors une révélation. J’ai dit : "Voilà un témoignage qu’il ne faut pas laisser mourir !" Nous nous sommes tous liés d’amitié et les choses sont allées très vite. J’ai ressenti comme l’appel d’un devoir, mais aussi d’une vocation : j’avais là l’occasion de composer que je cherchais confusément depuis dix ans, depuis mes premières expériences de musicien. Une synthèse entre ma formation classique et une tradition populaire vivante qui m’émerveillait." Ils se mettent alors à l’ouvrage, avec acharnement, obnubilés par l’urgence du sauvetage et enthousiasmés par la richesse artistique et humaine de l’entreprise. Petru est l’initiateur : il connaît et les chants et les gens. Ghjuvampaulu se souvient : "Ce n’était pas facile. Il fallait reprendre la tradition, la remettre en ordre, l’approfondir, revoir ces gens et d’autres. La nuit, dans les villages, il n’y avait pas grand monde. Il fallait parvenir jusqu’aux chanteurs ; ils ne s’ouvraient pas facilement. Les gens avaient presque honte d’eux-mêmes parce qu’on raillait leur mode d’expression, cette manière étrange -étrangère, disait-on- de chanter. Et puis tout doucement ...la veillée, on trinquait ensemble et une chanson leur échappait. Alors, tous les quatre, on s’empressait de l’apprendre et de la travailler". Ensuite, on le sait, ces choses-là s’étendent : les rencontres de A Stalla, tenue par Petru et Ghjulia Morazzani, les amis de toujours, ont élargi le cercle : Michele Paoli de Zicavu, interne au lycée Fesch, Natale et les autres.

2. Montrer et réhabiliter

Ces premiers acteurs de Canta ne se bornent pas à thésauriser. D’instinct, ils ressentent le besoin de restituer au peuple ce qu’ils apprennent de la tradition vivante, de témoigner leur gratitude aux gens qui les accueillent et de transformer en fierté commune un héritage ignoré du plus grand nombre. "Il fallait se former et faire vite. Les musiciens, au départ, c’était Minicale et moi, mais nous avions peu de mérite. L’essentiel, c’était ce savoir des villages, ces livres épars et voués à l’oubli. L’année 1974 a été pour nous celle d’une activité débordante, d’une recherche et d’une convivialité passionnées. Le premier disque a été l’aboutissement d’une recherche, l’album des retrouvailles et le miroir d’une dignité retrouvée." En dépit de ses déclarations, Ghjuvampaulu apparaît dans ce climat comme le fondateur du groupe, en raison de ce rôle pionnier et de l’écho qui s’en fait dans le public de l’époque. En novembre 1974, "Kyrn" le retient pour figurer parmi les "50 Corses à l’horizon 85" et le qualifie ainsi : "Aime la vie en montagne et les promenades à travers les forêts.. S’attache à reconstituer les traditions locales". "Arritti" du 31 août 1974 avait remarqué "le jeune et passionné Jean Poletti" parmi les chantres de Rusiu et de Sermanu descendus chanter à Corti pour le premier grand congrès Corti 1 de l’A.R.C. Désormais, il apparaîtra comme le leader du groupe dans l’opinion et le chroniqueur d"’Arritti" emploiera jusqu’à la fin de l’été 1977 des expressions où son image dément ses protestations de modestie : "Poletti et ses amis de Canta u Populu Corsu" (27 mai 1977), "Poletti et ses amis dont Natale Luciani" (3 juin 1977), "Poletti et ses amis" (14 août 1977).
Petru, déjà connu dans les milieux informés, était encore assez anonyme pour illustrer de son long visage émacié un article de "Kyrn" (mars 1975) intitulé "Qu’est-ce qu’un Corse ?" Quant à Ceccè, il nous confie qu’il ne chantait pas encore, se bornant à assurer la sécurité des veghje à risques, depuis l’emblématique soirée du cinéma Le Paris à Bastia (avril 1974). Natale était bien évidemment impliqué dans l’aventure, mais étudiant, il résidait encore à Nice où il militait avec la C.S.C. : "Arritti" ne signalera d’ailleurs son retour définitif à Aiacciu que dans son numéro du 3 juin 1977. Malgré son activité musicale intense, Minicale échappait encore aux chroniqueurs.
Sans doute au moment de leur passage, était-il une fois de plus à la recherche de son violon, dans l’attitude où le surprendra plus tard le coup de patte de Batti ! Le groupe n’était donc encore que la rencontre fortuite et -pouvait-on croire- provisoire de personnes jeunes et pour une bonne partie d’entre elles acculturées aux modèles culturels dominants, et d’autres, plus âgées dans l’ensemble, bien enracinées dans la Corse rurale de toujours et vivant les formes musicales et vocales sur le mode traditionnel, sans la rupture qualitative que représente toute démonstration artistique : le paghjellaiu tavanincu Ghjuliu Bernardini et bien d’autres. Les uns tirant les autres, contact fut pris avec le studio Ricordu d’Aiacciu qui réalisa alors le disque Canta u Populu Corsu : "Eri, oghje, dumane". Le Chant du Monde était, paraît-il, prêt à éditer lui aussi...
3. Un disque fondateur

Les acteurs de l’époque commentent aujourd’hui l’événement : ce n’était pas le nom d’un groupe de chant, mais la formulation abrégée d’une volonté de désigner la puissance encore intacte d’un patrimoine à réactiver : "Eccu ciò ch’ellu canta u populu corsu" ("Voici ce que chante le peuple corse"). Incontestablement, cette réalisation apparaît comme l’acte fondateur du groupe : production culturelle et, d’emblée, déclaration militante dans le texte de présentation comme dans l’anecdote révélée par Natale au cours de l’entretien. On peut en effet apercevoir sur l’une des photos de la pochette des silhouettes volontairement effacées de l’instantané ; il s’agit de personnes qui, entre le moment de l’enregistrement et la parution du disque, avaient prêté leur concours à la Légion étrangère en chantant pour la commémoration de Camerone : elles s’étaient, ce faisant, exclues du groupe !
4. L’intransigeance

A Canta, on n’a jamais transigé sur le symbole, ni à cette époque, ni plus tard. Le fidèle et dévoué Jean-Claude fera ainsi l’objet d’une mesure partielle d’interdiction comme on le lit dans un procès-verbal du 18 juin 1980 : il continuera à travailler avec le groupe, mais ne pourra plus se présenter dans ses livres comme un de ses militants puisqu’il a coupé avec l’orientation de Canta en rédigeant Mal’Concilio en français ! Ironique trajet d’un titre stigmatisé, mais qui va reverser au patrimoine corse une belle histoire en inspirant bientôt l’un des chants les plus envoûtants du répertoire de Canta, qu’il soit chanté par Ghjuvanpaulu ou par Dumè. La réplique de Jean-Claude ? Il a plus que jamais travaillé avec le groupe... Canta avait spontanément adhéré au Comité Anti Vaziu. La campagne de sensibilisation menée par celui-ci l’avait conduit à rechercher le soutien des municipalités. La réaction de Canta fut immédiate : "L’invitazione fatta da u "comité" à u "collectif des maires" ci pare un veru scandalu : dà a preputenza è dumandà l’avisu à quelli chi sò sempre stati à l’origine di tutti i strazii di a Corsica !" La lettre de démission est tout aussi claire : "Nous n’entrons pas dans ce genre le combinaison ; et si nous continuons à être contre le Vaziu nous le dénoncerons à notre niveau nous dénonçons aussi les pollueurs de toujours ; il nous paraît vraiment trop facile de faire dans l’écologisme apolitique, véritable fourre-tout qui peut masquer assez mal les intérêts particuliers d’une certaine classe de la société. Le fait d’écrire Vazio et non Vaziu pour, paraît-il, ne pas choquer les non-autonomistes nous paraît aussi un argument assez infantile, alors qu’il y a quelques mois 25.000 personnes ont demandé la libération des prisonniers de Bastelica et ceux du ...Front ; alors que depuis près de dix ans les autonomistes et les nationalistes sont à l’avant-garde (les autres partis ne pouvant faire que du suivisme) de toutes les revendications, et de tous les rassemblements populaires". On le voit, durant les dix années évoquées dans cette lettre du 11 juin 1980 la position de Canta a évolué : dans ses débuts, le groupe répercute avec son expression propre une revendication et une exigence qui traversent toute l’île ; dans les années 1980, il se fait le gardien de ces valeurs et morigène les contrevenants. Le groupe prétendait-il diriger la revendication ? Les témoins écartent vigoureusement une telle interprétation : "Quand il faut faire prévaloir la logique et l’efficacité stratégique sur les valeurs, Canta ne sait plus, Canta ne suit plus, parce qu’il n’est pas fait pour ça. Tant que la revendication était informelle, libre, instinctive et pour ainsi dire romantique, Canta l’assumait entièrement. La rationalisation de la lutte l’a éloigné. Nous avions de la pureté, sans calcul. Tous les mouvements culturels ont suivi le même chemin !"
5. Nommé par le peuple !

Quoi qu’il en soit, l’accueil enthousiaste réservé au disque dans les années 1975 a rapidement diffusé un nom pour le groupe ainsi baptisé par l’adhésion populaire. Ceccè conclut : "Nous n’avons pas eu l’outrecuidance de nous appeler ainsi. Ce disque était une anthologie ; il réunissait tout ce qui nous semblait significatif du patrimoine populaire à restituer. Les gens, les associations nous ont invités à chanter chez eux en tant que "Canta u Populu Corsu". Au temps de ce disque, nous n’étions pas constitués en association. Le logo n’a jamais été déposé et il ne le sera pas. C’était une association de fait. Aujourd’hui, quelqu’un peut reprendre ce nom ...mais qui osera ?" Il n’y a que de la malice dans la chute... Dans la boîte d’archives, un carton sans doute rédigé en 1981 liste une trentaine de noms. Ce sont les membres de Canta : 7 sont entrés dans le groupe en 1973, 3 en 1974, 4 en 1975, 5 en 1976, 1 en 1977, 6 en 1978, 2 en 1980. En regard de certains, la date de leur départ, sans commentaire : 3 en 1976, 2 en 1978, 4 en 1981. La liste est manifestement incomplète : les membres de I Chjami Aghjalesi n’y figurent pas, ainsi que beaucoup d’autres que le public associe au groupe mais que l’archiviste n’a pas retenus, sans doute parce que le chant n’est pas leur activité culturelle principale.

Ghjacumu Thiersz




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